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    <subfield code="a">1 vol. (241 p.)</subfield>
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    <subfield code="a">Doucement, tout doucement, il semble ressusciter. Conduit lundi &#xE0; l'aube &#xE0; l'h&#xF4;pital de Gen&#xE8;ve, Jean-Claude Romand paraissait avoir &#xE0; peine un lendemain &#xE0; vivre. Les pompiers viennent alors de le tirer de sa villa en flammes, &#xE0; Pr&#xE9;vessin, un petit bourg fran&#xE7;ais blotti contre la fronti&#xE8;re suisse.
 Cette nuit-l&#xE0;, Jean-Claude Romand a aval&#xE9; de l'essence, des m&#xE9;dicaments aussi peut-&#xEA;tre. Puis il a calfeutr&#xE9; les portes, les fen&#xEA;tres, allum&#xE9; un brasier. A c&#xF4;t&#xE9; de lui, sur le lit conjugal, les pompiers d&#xE9;couvrent sa femme, Florence, morte. Et dans la chambre des enfants, deux cadavres carbonis&#xE9;s. Pour le survivant, &#xAB;&#xE9;tat critique et coma profond&#xBB;, diagnostiquent pendant trois jours les m&#xE9;decins suisses. Trois jours au cours desquels l'autopsie r&#xE9;v&#xE8;le que Florence Romand et les enfants ont &#xE9;t&#xE9; assassin&#xE9;s. D'autres enqu&#xEA;teurs, plus haut vers le Jura, d&#xE9;couvrent ensuite les parents de Jean-Claude, dans la maison familiale. Morts eux aussi. Puis, d'un coup, lors d'une banale v&#xE9;rification, c'est une existence enti&#xE8;re qui bascule. &#xAB;Jean-Claude Romand avait une double vie dont il &#xE9;tait le seul &#xE0; conna&#xEE;tre l'existence, explique Jean-Yves Coquillat, premier substitut au tribunal de Bourg-en-Bresse. Ni ses intimes ni m&#xEA;me sa femme ne l'ont soup&#xE7;onn&#xE9; pendant vingt ans.&#xBB; Et, dans un lit blanc, &#xE0; l'h&#xF4;pital de Saint-Julien-en-Genevois, o&#xF9; l'am&#xE9;lioration de son &#xE9;tat a permis son transfert en fin de semaine, c'est cet homme-l&#xE0; qui va se r&#xE9;veiller, celui que les enqu&#xEA;teurs s'appr&#xEA;tent &#xE0; entendre en d&#xE9;but de semaine prochaine.
 Cadres sup&#xE9;rieur

 En bordure de la Suisse, le pays de Gex, vert et vallonn&#xE9;, ne ressemble &#xE0; rien d'autre dans le d&#xE9;partement de l'Ain. Depuis les ann&#xE9;es 60 s'y est install&#xE9;e une tribu dor&#xE9;e de cadres sup&#xE9;rieurs, de fonctionnaires internationaux, de commer&#xE7;ants ais&#xE9;s, qui jouent &#xE0; saute-fronti&#xE8;re entre les salaires suisses et l'art de vivre fran&#xE7;ais. D'embl&#xE9;e, entre soi, on s'y tutoie, on s'y embrasse, on s'y re&#xE7;oit. On y affiche sans fa&#xE7;on &#xAD; &#xAB;&#xE0; l'am&#xE9;ricaine&#xBB;, dit-on &#xAD; des maisons et des voitures au luxe tranquille. Lorsque les Romand y arrivent en 1984, ils semblent y avoir trouv&#xE9; leur terre promise.
 Le jeune couple n'a bien s&#xFB;r alors qu'un petit appartement et une Volvo. Mais lui compte bien asseoir sa situation de chercheur, qu'il dit prometteuse, au sein de l'OMS (Organisation mondiale de la sant&#xE9;) &#xE0; Gen&#xE8;ve. Elle est pharmacienne. Leur vie se d&#xE9;cline, nette et pimpante, comme un faire-part. Il y a leur rencontre dans le Jura, dont il est originaire, provenant d'une famille modeste, et o&#xF9; elle passait ses vacances. Puis leurs &#xE9;tudes &#xE0; Lyon, dans les ann&#xE9;es 70. Leur mariage, en 1980. Le dipl&#xF4;me de Jean-Claude en 1983. Puis la naissance de Caroline en 1985 et celle d'Antoine en 1987. En 1990, ils s'installent enfin dans une villa, roulent en BMW. Florence a tenu &#xE0; ce que les enfants soient inscrits dans le priv&#xE9;, &#xE0; l'institut Saint-Vincent, tout &#xE0; c&#xF4;t&#xE9; de Pr&#xE9;vessin, une des &#xE9;coles les plus choy&#xE9;es du d&#xE9;partement. Elle y assure d'ailleurs un r&#xF4;le actif dans l'association des parents d'&#xE9;l&#xE8;ves, avant de filer au cat&#xE9;chisme &#xE0; Pr&#xE9;vessin, avec le p&#xE8;re Michel, ou d'aider &#xE0; la pharmacie o&#xF9; elle fait des remplacements. Et tout cela, avec un de ces sourires, une de ces &#xE9;l&#xE9;gances qui font la fiert&#xE9; du pays de Gex.
 Indispensable et discret

 Jean-Claude, lui, est plut&#xF4;t discret. &#xAB;Solide, silencieux, les pieds bien sur Terre comme un sapin de son Jura&#xBB;, dit l'un de ses amis. Son assurance et sa stature de chercheur lui ont valu aupr&#xE8;s de ses parents &#xAD; dont c'est le fils unique &#xAD; et dans sa belle-famille le r&#xF4;le rassurant de confesseur. Pour un probl&#xE8;me de sant&#xE9;, c'est &#xE0; lui qu'on confie son corps. Pour un probl&#xE8;me d'argent, c'est &#xE0; lui qu'on confie son compte. A Pr&#xE9;vessin, il fr&#xE9;quente surtout le milieu m&#xE9;dical. Il est abonn&#xE9; &#xE0; toutes les revues sp&#xE9;cialis&#xE9;es, d&#xE9;bat sur la culture cellulaire. Un soir, autour d'un d&#xEE;ner intime, on l'interroge sur ses &#xE9;tudes. &#xAB;Je n'ai jamais voulu vous le dire, cela aurait paru pr&#xE9;tentieux. Mais j'ai &#xE9;t&#xE9; re&#xE7;u cinqui&#xE8;me &#xE0; l'internat de Paris&#xBB;, annonce tranquillement Jean-Claude &#xE0; l'assembl&#xE9;e. M&#xEA;me sa femme Florence est &#xE9;bahie. &#xAB;C'&#xE9;tait tellement dans sa nature de ne pas se vanter que, pour nous, cela confortait encore une image que nous avions de lui&#xBB;, se souvient un des convives, ami de facult&#xE9; de Romand. Ensemble, &#xE0; Lyon, ils ont b&#xFB;ch&#xE9; leur premi&#xE8;re ann&#xE9;e. Mais seul Jean-Claude l'a eue. &#xAB;Il &#xE9;tait tr&#xE8;s dou&#xE9;, tr&#xE8;s bosseur, vraiment bon dans les mati&#xE8;res scientifiques&#xBB;, se souvient le copain. A une ann&#xE9;e d'&#xE9;cart, les deux amis se suivent, de stages en amphith&#xE9;&#xE2;tres. &#xAB;On ne parlait pas sp&#xE9;cialement de r&#xE9;sultat, reprend l'ami. Mais il y avait toujours des polycopi&#xE9;s ou des notes plein sa chambre d'&#xE9;tudiant &#xE0; Lyon.&#xBB;
Inconnu au bataillon

&#xAB;Dans sa vie professionnelle aussi, Jean-Claude Romand a mis plus d'&#xE9;nergie &#xE0; s'inventer une activit&#xE9; qu'il ne l'aurait fait &#xE0; travailler r&#xE9;ellement&#xBB;, explique le substitut Coquillat. Car c'est &#xE0; l'OMS que se sont 
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